Extraits de l’ouvrage #2


                     « L’affaire d’Outreau : la balance bloquée » – Extraits de l’ouvrage



BADINTER (Robert)

Dans son plaidoyer pour l’abolition…  de la peine de mort, Robert Badinter se vante des moyens qu’il a utilisés, étant avocat, pour surprendre un vote favorable… Il a employé des représentations choquant la sensibilité : « totem sanglant », « couper vivant un homme en deux », image qui « n’était insoutenable que si juges et jurés se sentaient personnellement responsables du supplice… Il fallait que cette horreur leur fût imputable, qu’elle leur incombât directement », comme si la sanction n’était pas la conséquence du crime lequel ne peut quand même pas être imputé aux juges !    
    Que l’avocat emploie tous les moyens, même les plus mélodramatiques pour sauver son client, soit, soit, c’est la loi du genre. Mais, devenu garde des sceaux, homme politique, Robert Badinter n’a pas craint la contradiction. Il reconnaît que « l’abolition était impopulaire dans l’opinion publique »… Après un salut aux principes démocratiques, il s’empresse de les mettre à bas en s’opposant à un référendum permettant au peuple de s’exprimer sur la question et en conseillant la bonne manœuvre : « Annoncer une mesure impopulaire n’est pas la meilleure façon de gagner des voix. Or c’était la victoire électorale qu’il fallait d’abord arracher. L’abolition suivrait d’elle-même ». Singulier démocrate…
Au cours d’un voyage à Sofia, je rencontrai le vice-président de l’Assemblée nationale entouré de diverses personnalités. Il me relata la visite faite quelque temps auparavant par Robert Badinter, à l’époque président du Conseil constitutionnel et qui fut tout naturellement consulté sur le projet de constitution de la Bulgarie dont la rédaction était en cours. Badinter avait répondu :
-Je suis professeur de droit pénal et je ne connais pas grand-chose au droit constitutionnel.
Mes interlocuteurs me confièrent leur surprise et se demandaient comment, dans ces conditions, il avait pu accepter un tel poste.

CHIRAC (Jacques)

Une femme de vingt trois ans accusa six jeune hommes de type africain et maghrébin de l’avoir attaquée avec son enfant de treize mois, le 9 juillet 2004, dans un train de banlieue, la prenant à tort pour une juive, déchirant ses habits et lui traçant des croix gammées sur le corps. Dès le lendemain,… le président de la République, Jacques Chirac, déclara, dans la soirée : « J’apprends avec effroi l’agression à caractère raciste dont ont été victimes une jeune femme et son enfant. Je demande que tout soit mis en œuvre pour retrouver les auteurs de cet acte honteux afin qu’ils soient jugés et condamnés ». Quels éléments permettaient au chef de l’Etat de porter aussi vite  une condamnation (qui, au surplus, ne relevait pas de sa compétence mais de celle des tribunaux), contre des personnes désignées de façon non explicite, certes, mais que chacun ne pouvait regarder que comme des musulmans ? Des témoins ? Aucun, fait pour le moins surprenant dans une voiture pleine de voyageurs ? Des indices, des présomptions, une expertise ? Rien. De fait, quelques jours plus tard, après une enquête de police menée avec diligence et sérénité, la prétendus victime admit avoir menti et les archives révélèrent qu’au cours des années précédentes, elle avait déjà déposé des plaintes fantaisistes.       
Des malfaiteurs armés attaquent un supermarché et s’enfuient avec la caisse. Un sexagénaire se lance à leur poursuite et réussit à bloquer leur voiture, mais il est blessé. Procureur de la République, je le propose pour une décoration. Ma demande est rejetée. Par la suite, des joueurs de ballon sont reçus à l’Elysée et décorés des mains du président Chirac.

DEVOS ( Raymond)

Il y a quelques années, Alain Decaux, ministre de la Francophonie, invita, dans les salons du quai d’Orsay, des personnes s’intéressant à la langue française, de diverses nationalités et professions, écrivains, artistes, professeurs, journalistes, dirigeants d’associations… J’y rencontrai l’humoriste Raymond Devos, artisan ou plutôt orfèvre de la langue française. Apprenant que j’étais juge, il leva les bras au ciel et s’écria :
-Vous faites le même métier que moi.
Cette saillie est d’une grande pénétration : l’humoriste observe, dégage les traits importants, les exprime dans la forme appropriée et convainc… par le rire. A ce dernier détail près, c’est bien le travail du juge  

FABIUS (Laurent)

Je suis invité en qualité d’observateur à l’ assemblée générale de l’Association  internationale des parlementaires francophones qui se tient cette année là à Paris. Le président de l’Assemblée nationale française, Laurent Fabius, dans son discours inaugural, se plaint de la place insuffisante laissée, selon lui, au Parlement par le Gouvernement, ce qui, dans la bouche d’un ancien Premier ministre ne laisse pas de surprendre, alors surtout qu’il est du même bord que le cabinet au pouvoir, mais personne ne relève l’inconséquence… La séance levée, je l’aborde pour lui dire que, dans son énumération des pouvoirs publics, il avait oublié le pouvoir judiciaire. Il me répond : « C‘était sous-entendu »… Je ne me doutais pas que ce même président (et lui non plus sans doute), serait désespérément quelques semaines plus tard, à la recherche d’un juge pour plaider son innocence dans l’affaire du sang contaminé… ces juges sous-entendus qu’on aime bien trouver quand le besoin s’en fait sentir.
    N’aurait-il pas été préférable, pour disculper Laurent Fabius des reproches relatifs au sang contaminé, de trouver autre chose que de le traduire au pénal devant la Cour de justice de la République ? Un tribunal du point d’honneur placé sous l’égide de grand chancelier de la Légion d’honneur permettrait de combler cette lacune de notre droit.

FAURE (Edgar)

Edgar Faure, voyant sa gestion de ministre des Finances mise en cause par des insinuations perfides et impossibles à sanctionner par la loi sur la presse, ne trouva d’autre solution que « le transfert sur le terrain de l’honneur » et provoqua en duel Jean-jacques Servan Schreiber, directeur de l’Express où avait été publié le libelle… Mais Edgar Faure n’eut pas à descendre sur le pré car, après constitution d’un jury d’honneur, le journaliste reconnut ses torts dans un communiqué de presse.

DE GAULLE (Charles)

Pendant la guerre, le lieutenant-colonel Parant s’était engagé dans les Forces françaises libres et avait fait fonction de gouverneur du Gabon. Sa veuve demanda, à bon droit, croyait-elle, la pension correspondant au poste qu’il avait occupé. Sa requête fut promenée durant des années de ministère en ministère pour être finalement rejetée : si le colonel avait ata officier d’active, la pension aurait été versée sans difficulté sur la base de son grade : mais il était réserviste et ne possédait pas une ancienneté suffisante pour ouvrir des droits à sa veuve. Madame Parant, indignée, écrivit au général de Gaulle, revenu entre temps au pouvoir. Il demanda qu’on fît droit à la requête. En vain, l’Administration fut inflexible et le Général dut s’incliner. Il voulut marquer la reconnaissance de la nation à Madame Parant et puisa dans les fonds secrets, ces crédits alloués alors au chef de l’Etat et aux ministres sans qu »ils aient à en justifier l’usage. J’étais à l’époque au cabinet du Général et je fus chargé d’aller remettre un million es espèces à Madame Parant qui habitait dans le midi. Bêtement, je m’aperçus dans le train que j’avais tout juste de quoi payer une chambre dans un hôtel modeste, si bien que je restai deux jours sans manger, m’abreuvant aux fontaines publiques.   
    Contre des chefs de bandes qui avaient ravagé la campagne, j’avais porté l’accusation devant la cour criminelle de Dschang au Cameroun qui avait prononcé cinq condamnations à mort pour assassinats, incendies et autres crimes. Le général de Gaulle, titulaire du droit de grâce, se trouvait alors à Tananarive et avait délégué son pouvoir au Haut commissaire de France qui avait rejeté les recours. Il m’incombait de passer aux exécutions. La question présentait une difficulté car la doctrine enseigne que le droit de grâce est une prérogative exclusive du chef de l’Etat qui l’exerce personnellement et ne peut la déléguer. De plus en janvier 1945, René Brouillet avait proposé au Général de transférer le droit de grâce au ministre d’Etat, Jules Jeanneney, mais se heurta à un refus. Après mûre réflexion, je décidai de laisser la Justice suivre son cours.

IONESCO (Eugène)

Au cours d’une réception offerte par le ministre de la Francophonie, je suis présenté à Eugène Ionesco dont je viens précisément de commencer un livre. Il se borne à mâchonner sans émettre le moindre son. Ma tête ne lui convient pas, me dis-je. Le soir même, je poursuis ma lecture et je tombe sur la phrase suivante : « J’ai toujours détesté les procureurs et je n’ai jamais pu voir un juge sans avoir envie de le tuer »

LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

L’élection du président de la République au suffrage universel paraît aujourd’hui bien entrée dans les mœurs. Et pourtant, quelques années après sa mise en place, le général de Gaulle a émis des doutes sur le bien-fondé de cette réforme. S’il avait tenu à ce que le chef de l’Etat fût élu au suffrage universel, c’est parce qu’il avait été frappé par la timidité du dernier président de la III ème République, Albert Lebrun. Il a voulu doper le titulaire du pouvoir suprême, notamment dans des circonstances dramatiques, comme l’effondrement de 1940 : mandataire du peuple tout entier, il saurait prendre ses responsabilités… A la différence de la Constitution de 1875 qui ne donnait que des attributions limitées au président de la République, celle de 1958 lui accorde des pouvoirs considérables ; il peut même se proclamer dictateur dans des circonstances exceptionnelles. Ajoutée à cette puissance, l’élection par le peuple attribue au chef de l’Etat une importance disproportionnée, au préjudice d’un fonctionnement équilibré des pouvoirs publics.
    D’autre part, l’élection est un choix et le choix doit être éclairé pour être valable. Or les millions d’électeurs connaissent des candidats ce que ceux-ci veulent bien leur dire, avec l’aide de spécialistes en communication, je dirais presque en maquillage, au propre et au figuré. Réticences (notamment sur la santé) et démagogie sont de mise. Mais en ne peut pas tromper de la même façon les députés et les sénateurs qui se connaissent bien entre eux. Ils peuvent estimer quelqu’un d’un parti opposé et être réticents à l’égard d’un collègue de leur bord. Dans leur grande majorité, ils sont honnêtes et soucieux de l’intérêt ,du pays, même si la conception qu’ils en ont est différente. les deux présidents de la IV ème République, Vincent Auriol, élu par une majorité socialo-communiste, et René Coty, après uns douzaine de scrutins, ont été à la hauteur de leur tâche car choisis à bon escient par des parlementaires bien informés de leurs qualités et indépendants des consignes de leur parti puisque s’exprimant à bulletins secrets.
    Enfin, il est clair qu’on ne peut permettre à toute personne de poser sa candidature, ce serait l’engorgement assuré. La présentation par un certain nombre de maires permet d’éviter cet écueil, mais elle entraîne des fâcheuses conséquences car la plupart des maires ne sont pas des politiciens, mais des hommes et des femmes qui ont accepté de se dévouer à leurs concitoyens, souvent à la suite de sollicitations pressantes. Au nom de quoi peut-on les ériger en électeurs du premier degré ? Certains d’ailleurs s’y refusent.